Yoko à la frontière de la vie

Article posté par ΨYoko.
Paru le mardi 3 mai 2005 à 03:26
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Yoko à la frontière de la vie



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Roger Leloup
Voici un article tiré de l'hebdommadaire Télé Moustique de 1977 ou 1978 (nous n'avons pas la date, ni le numéro). Cet article est signé Alain De Kuyssche, Télé Moustique est un hebdomadaire belge qui a appartenu aux éditions Dupuis et dont, Alain de Kuyssche en a était le directeur à une époque, Alain est aussi scénariste.
Cet article nous a été envoyé par Stéphan.
Télé Moustique
S YNOPSIS : Une randonnée sans fin ; un quartier dans la grande banlieue de Bruxelles ; un nommé Leloup et quelques réflexions sur l'école belge de bédé.
Planche 1 :
La route était longue et monotone. Le journaliste, au volant de son automobile blanc écru, regardait défiler les bornes kilométriques. De temps à autre, il jetait un regard inquiet vers la jauge du réservoir à essence ; la lumière commençait à clignoter, l'aiguille montrait des signes d'affolement. Le journaliste arriverait-il jamais ?
On lui avait signalé que son rendez-vous devait avoir lieu dans un endroit précis de la grande banlieue bruxelloise, là où se réfugient les grosses fortunes et les ennemis de l'agitation citadine. Une banlieue blottie au cœur de la zone troublée, où serpente, inattendue et fantasque, la frontière linguis-tique — à moins qu'il ne s'agisse du no man's land au cœur duquel le visiteur étranger ne se sent jamais très à l'aise. Notamment pour l'emploi des langues, en plein milieu d'un chemin de terre, lorsqu'il s'agit de retrouver la grand-route, qui n'est jamais là où on l'attend.
Deux heures après... Une agglomération. C'est là qu' « il » habite. La confrontation va avoir lieu. La maison se dresse entre plusieurs autres, semblables. « Au numéro 24 », qu'ils disaient. Encore quelques vaines recherches. Est-ce la faute du journaliste si son sens de l'orientation se complaît dans la trahison ? Enfin, sous les regards suspicieux des voisins, le journaliste presse le bouton de sonnette.
On ne se montre pas étonné de son retard ; on ne le laisse pas se perdre en excuses pour le retard. « De toute manière, déclare l'hôte, j'étais à ma table de dessin, » Il est comme ça, Roger Leloup. Accommo-dant sans ostentation, et surtout sans démission. S'agit pas de lui marcher sur les pieds : à force de fréquenter Yoko Tsuno, il doit être passé maître dans l'art de pousser le « Kiaï», non pas de douleur mais d'auto-défense.
Nous voici installés dans la pièce où cet orfèvre de Leloup conçoit, écrit et dessine les aventures de Yoko Tsuno, électroni-cienne. Pour ne pas éveiller les soupçons sur le but de notre visite, nous nous lançons dans les généralités.
- Pour vous, qu'évoque le vocable " école belge de bande dessinée " ?
Roger Leloup : « C'est surtout l'étranger qui parle d'école belge ! Mais cette appellation se justifie par plusieurs faits indéniables. Pour pouvoir parler d'école, il faut des dessinateurs, des éditeurs et un public. Mais au départ, il s'agit bien d'un éditeur que la bande dessinée intéresse ; il accepte de faire confiance à des dessinateurs, leur permet de se former, puis commercialise leurs dessins. Un éditeur, comme Dupuis, n'a pas fait autre chose. Mais ne perdons pas de vue que les Français avaient déjà exploré ce domaine : Zig et Puce. Bécassine, les Pieds Nickelés, autant de glorieux ancêtres. Les Belges ont plus systématisé l'édition de bandes dessi-nées. »
- Et il s'est trouvé, à un moment donné, une conjugaison de personnalités
— de dessinateurs et de scénaristes en l'occurrence ?
R.L. ; « On ne peut pas ne pas en revenir à un monsieur nommé Hergé, qui a lancé un style de bandes dessinées et créé le métier de dessinateur de b.d. Ces simples circon-stances ont fait démarrer l'école belge de la bande dessinée. Avec des hommes comme Hergé, l'écrivain de bande dessinée est devenu un dessinateur.
» Mais notre vraie chance, en Belgique, ce fut la pléiade d'éditeurs qui ont envahi le marché avec nombre de journaux pour enfants. Il suffit de se rappeler l'immédiat après-guerre et le foisonnement de publica-tions pour la jeunesse. Je me souviens que j'achetais six ou sept titres différents. »
- Quand les exégètes de la bande dessinée parlent de l'école belge, ils songent à la collaboration Hergé-Jacobs-Martin.
R.L. : « Oui, il s'est créé un style, contre-balancé d'ailleurs par l'école Spirou, où l'on retrouve les noms de Jijé, Franquin, Morris, Peyo, Roba, pour ne citer que ceux-là. Mais en effet, du côté de Hergé, on a vu apparaître un style très significatif, reconnaissable au premier coup d'oeil. Il est évident qu'Edgar-Pierre Jacobs (1) n'a pas peu contribué à la création des décors sophistiqués qu'affec-tionne Hergé. Jacques Martin (2) est, lui aussi, intervenu dans la réalisation des aventures conçues par Hergé. Le studio Hergé a su très bien s'adapter à l'évolution des techniques d'impression. Notamment en ce qui concerne l'emploi des couleurs. »
- La couleur, c'est du reste un de vos grands soucis ?
R.L. : « Oui. Une mauvaise impression dans le journal « Spirou » (ça arrive !) me fait grimper au plafond ! Mais certaines pages constituent de véritables petits chefs-d'œu-vre, compte tenu du tirage d'une publication comme « Spirou ». Plus le tirage est impor-tant, plus difficile à obtenir est la qualité d'impression. Or cette qualité existe. Et comment. »
- Quand je parlais de la question des couleurs au studio Hergé, je songeais à une interview d'Hergé accordée à un journaliste hollandais, dans laquelle il disait que l'emploi des couleurs relevait de certaines règles : par exemple cou-leurs douces à l'arrière-plan pour mieux mettre en valeur les personnages de l'avant-plan. coloriés de façon plus vive.
R.L. : «J'ai travaillé quinze ans au studio Hergé, sans avoir jamais entendu parler de ces règles. Je crois qu'elles s'imposaient d'elles-mêmes. J'ai colorié des bandes des-sinées de Hergé — en général, c'est vrai, il n'aime pas les tons trop durs pour les décors. Hergé a un style « vitrail », en ce sens que le trait est continu, aussi bien pour les personnages que pour les décors. De sorte que si la couleur de l'arrière-plan apparaît trop forte, la case dessinée devient « trans-parente ». Mais Hergé fait confiance à ses collaborateurs. Il leur laisse une certaine liberté.
» Et si on veut absolument parler d'école belge, je crois qu'elle n'a été possible que par la présence de maîtres. »
(1) Dessinateur -scénariste de « Blake et Martimer ».
(2) Dessinateur-scénariste d' « Alix » et de « Lefranc ».
- En quoi consistait votre travail chez Hergé ?
R.L. : «J'ai commencé a travailler chez Jacques Martin. Ce dernier a dessiné pour Hergé une série qui s'appelait « Voir et savoir ». Il s'agissait de chromos d'aviation. Comme Martin ne pouvait faire cela tout seul, il a fait appel à des gens plus spécialisés.
» Hergé a créé son studio, englobant Martin et son équipe. J'étais considéré comme le spécialiste de la technique, de certains décors. »
- Notamment pour créer et dessiner l'avion Carreidas dans « Vol 714 pour Sydney » ?
R.L. : « C'est mon plus beau souvenir. Hergé voulait un avion d'avant-garde et m'a laissé carte blanche. Parallèlement, j'avais construit la maquette — qui est toujours chez Hergé. Comme j'aime le modélisme, j'étais au septième ciel, c'est le cas de le dire. »
-Le modélisme, c'est une passion pour vous ?
R.L. ; « Au moins ! La petite aviation me procure à la fois une évasion et de très grandes satisfactions personnelles (3). N'était la cherté de ce passe-temps, je ne manquerais pas d'acquérir quelques petites merveilles — comme le dernier modèle que je possède : un avion à moteur électrique, télécommandé du sol. Un régal ! »
- Dernière allusion à votre passé, à « l'avant-Yoko » : dans quelle mesure avez-vous collaboré avec Jacques Mar-tin ?
R.L. : « Tout naturellement ; comme nous travaillions tous les deux au studio Hergé, Martin m'a demandé de dessiner les décors d'Alix. Ce n'était pas toujours facile, vu que j'étais tiraillé entre Hergé et Martin. »
- Comment cela se passait-il, le des-sin des décors d'Alix ?
R.L. : « Martin crayonnait son personnage et me demandait un décor. Au début, il esquissait assez précisément. Par la suite, il me faisait confiance, me donnant des indications, des documents pour l'inspiration. Il était très difficile, me faisant recommencer jusqu'à pleine satisfaction. Une rude école. Mais aujourd'hui, je lui serais plutôt reconnaissant. »
Synopsis ; Roger Leloup fait le grand pas. Il reprend des personnages, en crée lui-même. Où il est question de MM. Francis et Peyo. Où pointe le bout du nez de M. Walthéry, qu'il a petit. L'étrange naissance de Yoko.
Planche 2 :
Tout dessinateur de bande dessinée a rêvé de créer son personnage. A rêvé de voler de ses propres ailes. Après des années d'apprentissage, qui vont de Verviers (lieu de naissance de Roger Leloup, le 17 novembre 1933) à l'avenue Louise, à Bruxelles (siège du studio Hergé), Leloup
(3) Ce que Roger Leloup ne dit pas, c'est qu'il a remporté un certain nombre de distinctions dans des compétitions d'aéromodélisme.

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Commentaire n°2/2

Remonter Posté le 03/05/2005 par ΨYoko

 
Emilia, Je viens de m'apercevoir de cette lamentable erreur smiley sg3agbigeekg3ag.gif , de ma part. Je corrige immédiatement. Effectivement il doit dater de 77 ou 78.
 
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C'est Moi smiley sg3agg29g.gif

Commentaire n°1/2

Remonter Posté le 03/05/2005 par petrushka

 
Roger est bien surpris, il ne se souvenait plus de cet article...

Mais il ne date pas de 75... La Frontière de la Vie a été réalisée en 1977... Donc l'article doit dater d'entre 77 et 78... Roger était bien plus jeune à ce moment...

Emilia
 
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